lundi 11 janvier 2010

1976 : la playlist

En 76, année où les Verts se font clouer en finale par le Bayern, l'Amérique élit un fan d'Elvis (Jimmy Carter) à la Maison Blanche. Téléphone donne son premier concert, The Cure, U2 ou The Clash voient le jour. Et surtout, l'été est très chaud. Alors on regarde Super Jaimie à la télé.

1. Sex Pistols – Anarchy in the UK : Un des titres les plus révolutionnaires de l'histoire du rock, Anarchy fut retiré de la vente et les Pistols virés par EMI quelques mois après sa sortie. Johnny Rotten et sa bande avaient tapé dans le mille et réveillé les terreurs de l'Angleterre bien pensante.

2. Eagles – Hotel California : bon, pendant ce temps-là, le bon vieux rock à papa continuait sa route, avec ce titre devenu LE classique des seventies à l'instar de Stairway. Des heures d'air guitar au compteur.

3. Serge Gainsbourg – Marilou Reggae : On ajoutera ce titre au Marilou sous la neige choisi par etat-critique pour la playlist de Noël. Mais une écoute intégrale du chef d'œuvre L'Homme à la tête de chou s'impose de toute façon.

4. Tom Waits – Tom Traubert's Blues : cette poignante ballade est la plus belle de son époque seventies. A faire pleurer le plus endurci des gardiens de la révolution iranienne.

5. Ramones – Blitzgrieg Pop : les Ramones sont le premier groupe punk, avec leurs morceaux réduits à l'essentiel, leurs tempos ultra-speed et leurs paroles joyeusement débiles. Et à propos Joey, tu me donneras l'adresse de ton coiffeur…



6. James Booker – Junco Partner : pianiste virtuose éduqué au classique, borgne et fantasque, James Booker est avec Dr. John un des derniers de la grande lignée des caresseurs d'ivoire de la Nouvelle-Orléans. Pour preuve ces six minutes ahurissantes où il revisite un classique de sa ville natale.

7. Stevie Wonder - Sir Duke : Le double album Songs In The Key Of Life est le bouquet final de sa grande période seventies. "Sir Duke", son grand hommage au jazz, est numéro 1 des charts R&B et pop au printemps cette année-là.

8. ABBA – Dancing Queen : encore un sommet des seventies que cet hyper-tube qui apporte au disco la légereté et le sens mélodique de la pop européenne à la Beatles. ABBA mérite beaucoup mieux que d'être dédaignés par les tenants du "vrai" rock.

9. Jacob Miller – Tenement Yard : 1976, énorme année de reggae, avec des tubes comme "Police and Thieves" ou "War Ina Babylon", ou encore, moins connu, cet hymne rasta au tempo très contagieux.

10. David Bowie – Wild Is The Wind : Une reprise, chose assez rare chez Bowie, mais il a une façon si personnelle d'interpréter cette ballade qu'il se l'approprie complètement.

11. Fela Kuti – Zombie : un des titres les plus emblématiques du Nigérian, cette attaque en règle contre l'armée devint un tube repris dans la rue par des millions de personnes. Les représailles du pouvoir furent terribles : en 1977, 1000 soldats incendièrent son domaine, jetant sa mère de 82 ans par la fenêtre et empêchant les pompiers de se rendre sur place. Au Nigéria, provoquer le pouvoir coûtait un peu plus cher qu'en Angleterre. Les Sex Pistols peuvent aller remettre une tenue correcte et ne pas oublier la raie sur le côté, merci.

lundi 28 décembre 2009

J'ai pas aimé : Yeah Yeah Yeahs - It's Blitz


Ca, un des disques de l'année ? Vous voulez rire, non ? C'est pourtant ce qu'annonce la presse musicale branchée anglo-saxonne. On a pas vraiment écouté le même disque. Revue de presse et rectifications s'imposent.

Les critiques branchés sont des gens bizarres. Ils peuvent recevoir tout le catalogue de tous les labels du monde, et ce en un claquement de doigts, et pourtant leurs choix de fin d'année sont non seulement tous les mêmes, mais ils ne se concentrent que un seul (micro) style : le rock dit "indé". Bon, par diplomatie, ils y ajoutent un quota de hip hop, discrimination positive oblige, mais sinon on a l'impression que tous ces beaux messieurs à lunettes gravitent non-stop autour de l'astre Radiohead depuis maintenant 10 ans. Eh les gars, d'autres galaxies musicales existent, et en plus elles ne sont pas à des années lumière !!

Au lieu de ça on va donc se taper dans les traditionnelles listes de fin d'année de l'electro pas trop electro non plus, des groupes avec des noms bizarres, et je vous parle même pas des pochettes. Bon, par-ci par-là il y a aussi des bons trucs (Fever Ray, Grizzly Bear à la rigueur), mais sinon il faut en avaler des couleuvres post-eighties, du folk sous éther et du disco réfrigéré.

Là, cette année, outre les Animal Collective (là je préfère même pas chroniquer) et les XX, on a l'indigeste album des Flaming Lips, ou encore, ces Yeah Yeah Yeahs (comme dirait Coluche, "rien qu'le nom m'amuse").

Bon, pour tout vous dire, en écoutant "It's Blitz !", je ne connaissais rien d'eux. Paraît qu'ils avaient "créé le buzz" au début des années 2000, puis enregistré leur album-référence "Fever To Tell", en 2003. Depuis, on y a trempé l'oreille : du rock genre post-punk porté par des guitares impeccablement cradingues. Du genre assez enervé, mais pas non plus de quoi faire perdre le moindre bourrelet à Beth Ditto.

Mars 2009 : sortie de "It's blitz!", et là , grand branle bas dans la maison branchaoui. On crie à l'album de la maturité, au chef d'œuvre. Décembre 2009 : l'album se classe n°2 de l'année selon Spin Magazin et Amazon USA, et 3e pour le britannique NME.

C'est là qu'on l'écoute, et que vraiment, on ne comprend pas. Visiblement, le groupe a pris un tournant electro. C'est clair dès le premier morceau, le single Zero : les guitares laissent place à des synthés et à un bon gros beat pachydermique. La voix de Karen O, la charismatique chanteuse, s'est assagie, et chacun de ses petits cris de belette semble calculé au milimètre, et sexuel comme une porte de congélo.

Les groupes de la scène de Brooklyn sont fascinés par les années 80, par Blondie et Siouxsie, et c'est carrément criant chez les Yeah Yeah Yeahs (sur Off With Your Head). Le groupe alterne ensuite les tempos, proposant du pop, de l'athmosphérique épique à la Arcade Fire, du rock. Le problème est que tout cela sonne bien terne. Pas totalement désagréable à écouter, mais ils ont le don de rendre leurs morceaux inintéressants au-delà des trente premières secondes. En fait ils sont idéaux à écouter par extraits sur le site d'Amazon !!

Leurs compositions manquent d'impact mélodique, tout repose sur les arrangements, sur la montée en puissance sonore, sur l'habillage, mais tout est aussi complètement noyé dans un son très générique, très propre, et froid comme un glaçon. De la musique surgelée, bonne pour le micro –ondes. Une musique qui ne laisse aucune place au hasard, à l'accident. L'agressivité, sur les morceaux plus rock (Shame and fortune) y est parfaitement tempérée, maîtrisée. Les riffs de guitares sont d'une précision chirurgicale. Du rock zéro-mort. De la pop qui sautille avec la légèreté d'un hippopotame (Dragon Queen), et rien qui n'ait déjà été entendu 10 fois et en 10 fois mieux.

La production enferme ces chansons dans un emballage plastique, lisse, cosmétique, finalement superficiel et banal. Les ballades confinent à la niaiserie. Et pourtant on les adore. Pitchfork leur met la note de 8.1 (attention, pas 8.2, hein..). Bon, l'exception qui confirme la règle, les Inrocks sont déçus.
A part ça , écoutez plutôt l'album de Fredo Viola, si vous voulez du moderne, j'ai adoré mais Pierrot Loosdregt a été plus rapide, pour la chronique.

(paru sur etat-critique.com le 27.12.2009)

Voir le myspace des Yeah Yeah Yeahs

lundi 21 décembre 2009

1975 : la Playlist

(publié le 20.12.20009 sur etat-critique.com)

A partir de maintenant, on vous proposera non plus 10 mais 11 chansons. Pourquoi ? Pasque. Raisons possibles : c'est bientôt la Coupe du monde, et surtout 10 c'est trop rond comme chiffre. Et puis comme ça on mettra de la chanson française pour faire plaisir à Frédéric Mitterrand.


(n'oubliez pas de cliquer dans le juke box à droite pour écouter le son comme disent les djeunes de main'nant)

1. Bruce Springsteen – Thunder Road : choix cornélien : quel titre pour représenter le grandiose Born to Run ? Je préfère cette sublime ballade épique au morceau-titre, mais franchement ça s'est terminé aux penalties.

2. Queen – Bohemian Rhapsody : où Mercury passé du hard-rock à l'opéra en passant par toutes les couleurs de la pop. Au fait , vous connaissez, Mika ?

3. Bob Marley – No Woman No Cry (live) : extrait d'un des plus beaux live de tous les temps, cette version a fini par supplanter l'enregistrement studio (qui sonne ridicule à côté).

4. Mahmoud Ahmed - Erè mèla mèla :
merci, grand merci aux compilateurs de la série Ethiopiques, qui nous font découvrir l'afro-soul d'Addis Abeba. Incroyable mais vrai.

5. Jonathan Richman & The Modern Lovers – Roadrunner :
en 1975, les Ramones n'avaient pas encore donné le coup d'envoi de l'invasion punk, mais certains artistes, comme ce gamin enrhumé de Boston, n'en étaient alors pas loin.



6. Neil Young – Cortez The Killer : Echange ce seul morceau contre l'intégrale de Wilco. Plus planant tu meurs.

7. Aerosmith – Walk This Way :
sans Run DMC, ce hit tient (presque) aussi bien la route ! Les hardeux de la playlist.

8. Bob Dylan – Tangled Up In Blue :
Et si Blood On The Tracks était tout simplement son meilleur album, où le Zim, plus adulte, tombe le masque, enfin pas tout à fait tout de même.

9. Donna Summer – Love To Love You Baby :
16 minutes et 48 secondes d'émoustille qui propulsèrent la Reine du disco au firmament. Un des premiers tubes classés X.

10. Patti Smith – Gloria :
"Jesus Died For Somebody's Sins But Not Mine" : la dame à moustache reprend du Van Morrison en y ajoutant sa poésie sauvage, et une première phrase emblématique du punk rock, juste avant que les Pistols se prennent, eux, carrémént pour l'antéchrist au chapitre prochain.

11. Nino Ferrer – Le Sud :
le 11è homme est bien de chez nous, avec sa tortue et son poisson rouge, pour qu'il ne manque rien dans cette playlist… Et la chanson a été inspirée par la maison que Nino venait d'acheter près de... Moncuq.

lundi 30 novembre 2009

Levon Helm : Electric Dirt (2009)





(un extrait à écouter dans le juke box à droite)

On ne change pas une équipe qui gagne : l'ex batteur du Band, 69 ans, reprend les mêmes (son prod Larry Campbell, sa fille Amy), mais cette fois il a payé sa facture EDF et nous offre un somptueux album électrique, toujours aussi roots.

Il n'y a pas d'âge pour relancer une carrière. Levon Helm, légende des sixties et des seventies, "le plus cool des batteurs-chanteurs de tous les temps" (selon le New York Mag), est de retour depuis deux ans déjà. En 2007, il sortait Dirt Farmer , épaulé par le producteur Larry Campbell et sa fille Amy Helm. Un album qui rendait hommage à la vieille country music et à ses parents, fermiers dans l'Arkansas. A noter qu'il sortait tout juste d'un cancer de la gorge.

Un Grammy Award plus tard, Levon a repris les mêmes sans toutefois livrer la copie de son précédent opus : d'abord, comme son nom l'indique son nouvel album est plus électrique, et plus éclectique aussi, s'ouvrant notamment à des musiques plus swingantes. "Electric Dirt" s'ouvre sur le joyeux Tennesse Jed des vieux compagnons de route Grateful Dead, aborde les côtes de la Louisiane avec l'acerbe Kingfish de Randy Newman (arrangé par une autre légende vivante, Allen Toussaint), fait un tour à l'église avec le très gospel Moving On Train des Staple Singers, et passe par les plantations du Delta pour deux titres de Muddy Waters, qui, s'ils ne font pas oublier le Maître, font du bien là où ils passent. Campbell prouve s'il en est encore besoin son feeling de producteur et de musicien avec par exemple une belle partie de mandoline sur You Can't Loose What You Ain' Never Had du même Muddy.

Les amateurs de folk des Appalaches n'ont pas été oubliés non plus, avec le poignant Golden Bird et son intro de fiddle qui sent bon les années 20.

Mais c'est sans doute sur sa seule composition de l'album, Growing Trade, que Levon Helm frappe le plus fort. Une chanson sur le dur métier de fermier, ses joies et ses peines (un fermier obligé de cultiver de la marijuana pour survivre), mais surtout une formidable chanson du Band, qui nous ramène "back to the days", avec ce son inimitable de batterie, cette voix qui a gagné en puissance à force que s'éloigne le spectre du cancer, et ce thème du retour à la terre et aux valeurs simples que prônaient Helm, Robinson, Danko et les autres sur "Music From Big Pink " (1968). En ces temps où la musique s'urbanise à vitesse grand V, il fait bon respirer le bon air de la campagne de temps à autre.

Une autre constante de ce beau disque (qui à mon goût surpasse le précédent) est le plaisir qu'ils ont pris à le faire, comme on le verra sur le clip ci-joint. Et "Electric Dirt", album fait à la coule, sans pression et en famille se termine sur le débridé et contagieux shuffle soul de I Wish I Knew How It Feels To Be Free de Nina Simone, une ode à la liberté et à la renaissance à soi-même. Chose que musicalement, Levon Helm a pleinement réussie.

Un petit clip sur le making-of de l'album.

1974 : La Playlist



(N'oubliez pas de faire péter le son dans le jukebox ci-contre)


1974 : année curieuse. Alors qu’un certain groupe Abba gagne l’Eurovision pour la Suède, le disco devient un style de musique à part entière pour le Billboard, les Talking Heads et les Ramones se forment, et surtout une tripotée d’albums zarbis et uniques en leur genre voient le jour. Bande son.


1. Robert Wyatt (photo) - Sea Song : une chanson à la beauté étrange, envoûtante, qui ouvre le sublime et extraterrestre Rock Bottom.

2. Kraftwerk – Autobahn : 1974 est une année incroyable, où se révèlent toutes sortes de groupes expérimentaux qui deviendront cultes dix ans plus tard. Parmi eux, les pionniers allemenads de l’electro et du synthétiseur frappent fort avec cette longue suite qui couvrait toute la première face de leur album du même nom.

3. Lynyrd Skynyrd – Sweet Home Alabama : contraste ? à peine… Chanson controversée (voir chronique sur l’album) et tube imparable, « Sweet Home Alabama » et son riff de guitare immortel symbolise à elle seule la fougue du rock sudiste.

4. Big Star – September Gurls : groupe culte parmi les cultes, le Big Star d’Alex Chilton et Chris Bell invente la power-pop, trait d’union entre les sixties et le punk.

5. Professor Longhair (photo) – Tipitina : Ce très grand pianiste de la Nouvelle Orléans enregistre cette année-là un album extraordianaire en compagnie des pointures de la ville où il sublime ses grands standards des années 40-50. irrésistiblement groovy.



6. The Sparks – This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us : Gros succès outre-manche, un autre single culte d’un des duos les plus originaux et excentriques de l’histoire de la pop. Un vrai objet sonore non identifié, avec cette voix funambule de falsetto et un son qui annonce les eighties avant l’heure.

7. Al Green – Take Me To The River : un jour, dans un hôtel au Ladakh, j’ai vu une carpe en plastique qui, quand on la mettait en route, chantait cette chanson et “Don’t Worry Be Happy”. Depuis chaque fois que j’entends ce tube d’Al Green, je pense à la carpe.

8. Patti Labelle – Lady Marmalade : Si je vous dis “Voulez vous coucher avec moi ? (non, aîe, pas sur la tête, la chanson, je veux dire !), je suis sûr que ça vous parlera. Typique de la mutation de la soul en disco.

9. Bonga – Saudade : Superbe chanteur romantique angolais, Bonga mêlait les rythmes africains et le fado bien avant Cesaria Evora. Superbe et à découvrir si vous n’aimez pas déjà.

10. Gil Scott Heron – The Bottle : l’inventeur de Jamiroquai était aussi poète (et écrivain, auteur de l’excellent Vautour), comme en témoigne cette superbe chanson.

mercredi 18 novembre 2009

Iggy Pop : Préliminaires (2009)



Pour son nouvel opus, l'iguane abandonne le rock métallisé et s'invente en crooner fan de Houellebecq. La démarche est louable mais le résultat pas toujours à la hauteur, surtout vu de ce côté de l'Atlantique.

Iggy Pop est un grand chanteur. Une des voix les plus reconnaissables, les plus fortes du rock. Et comme c'est le cas pour la plupart des grands chanteurs, sa voix vieillit comme du bon vin.

On pouvait donc se dire qu'un album moins rock, plus "pop" au sens américain du terme (en français on pourrait dire "chanson" tout simplement), c'était une assez bonne promesse avec un tel interprète. D'autant que l'homme a déjà évoulé dans ces registres. Après tout ses deux grands chefs d'œuvre de 1977, Lust For Life et The Idiot, co-signés avec Bowie après la furie stoogienne du début seventies, c'était déjà un démarquage qui tendait à prouver que l'Iguane était bien plus qu'un exhibitionniste cramé et destroy abonné au punk rock binaire.

Dès le printemps dernier on annonçait donc un album intello, jazzy, inspiré de La Possibilité d'une île de Houellebecq, et bardé de références cultureuses et francophiles. L'iguane lui-même s'annonçait lassé du rock de voyous, et le chevalier des Arts et des Lettres qu'il est depuis 2003 (décoré le même jour que Carla Bruni) citait Antonin Artaud dans ses interviews aux journaux français.

On tombe de haut cependant lorsqu'Iggy, en ouverture de Préliminaires, sussure "Les Feuilles mortes" de Prévert et Cosma avec un accent à couper au couteau sur fond de synthés et de boîtes à rythme. Si elle peu paraître exotique à l'auditeur de Detroit ou de Brooklyn, cette intro kitschissime risque de nettement moins bien passer à Angoulême ou à Levallois-Perret.

Passé ce.. préliminaire, l'écoute révèle en fait un ensemble assez hétéroclite musicalement : du jazz bien sûr, avec le morceau de bravoure "King Of the Dogs" et ses arrangements New Orleans, mais aussi du rock à guitares plus familier ("Je sais que tu sais", "Nice To Be Dead"), de l'electro-pop ("Party Time") et une bonne doses de ballades entre Gainsbourg et Léonard Cohen période I'm Your Man.

Le problème étant que même sur les morceaux les plus réussis comme "King Of the Dogs" ou le très littéraire "A Machine For Loving" cosigné par Houellebecq, la sauce ne prend jamais tout à fait. Les chansons, trop dépareillées, manquent de souvent de solidité dans l'écriture, malgré une interprétation comme toujours sincère et parfois touchante. Alors évidemment on se prend à regretter la plume et la touche de Bowie, ce qui n'est pas très sympa et rajeunissant pour Iggy qui reste un personnage attachant, vif, sachant parfois quitter les sentiers battus. C'est bien le seul mérite de cet album plutôt décevant.

L'Iguane, lui, a l'intention de persister dans la pop puisqu'il préparerait même un album de Noël, comme un vrai bon crooner américain.

Paru sur etatcritique.com le 2 nov 2009

mercredi 28 octobre 2009

Meilleurs albums de 1974 : Lynyrd Skynyrd - Second Helping


(La pochette est beaucoup trop laide. Je boycotte. Ca vous couperait l'envie de vous procurer cet excellllent album de rock and roll. Je préfère cette cool photo.)

Porté par l'immense et incompris Sweet Home Alabama, le second album des Sudistes sera l'album de la consécration, confirmant notamment le talent d'écriture de Ronnie Van Zant sur fond de roots rock endiablé.


"Sweet Home Alabama" est probablement, avec "Born in the USA" de Springsteen ou "Okie from Muskogee" de Merle Haggard, un des plus grands malentendus de l'histoire de la musique américaine. Comme les deux autres chansons, elle fut récupérée par les éléments les moins fréquentables de la vie politique du pays, afin de servir des causes racistes et conservatrices. D'où l'image de rednecks qu'on colle souvent à Lynyrd Skynyrd et au rock sudiste en général.

Petit rappel : la chanson est en fait une réponse à "Southern Man" et "Alabama", deux titres de Neil Young dénonçant le racisme des habitants du Sud. Dans "Sweet Home Alabama", Ronnie Van Zant, chanteur de Lynyrd Skynyrd, réplique "J'espère que Neil Young se souviendra / Qu'un gars du Sud ne veut pas de lui ici".

Ces paroles, mêlées d'allusions à la popularité du gouverneur ségrégationniste George Wallace, et ajoutées aux drapeaux sudistes tendus en fond de scène lors des concerts du groupe, eurent vite fait d'entretenir le malentendu.

Car malentendu il y a, tout simplement car Van Zant et Neil Young étaient potes et s'admiraient respectivement. D'ailleurs leurs musiques, nourries aux mêmes mamelles, celles du rock'n roll, du blues, de la country et des guitares, sont là pour l'attester. Ronnie Van Zant, qui n'avait rien d'un redneck, trouvait juste que Neil, depuis sa Californie dorée, généralisait un peu, commme il le déclara à Rolling Stone : " Neil Young shootait tous les canards afin d'en tuer un ou deux". D'où ce titre, plutôt ironique, que Lynyrd Skynyrd avait écrit rapidement, comme une blague sur les clichés et la fierté du Sud profond. D'où, aussi, l'accueil triomphal fait par le public à cette chanson venue redorer le blason d'une région et d'un peuple systématiquement montrés du doigt à cause des mauvaises actions de quelques-uns. Et en plus, le groupe n'était même pas de l'Alabama, mais de la Floride voisine.

Lynyrd Skynyrd, à part ça, est bien le groupe sudiste par excellence : influences rock'n'roll, country, blues et soul, et bien sûr la marque de fabrique du groupe : trois guitaristes électriques, qui font un tabac dès le premier album (1973) avec le magnifique Free Bird. L'association Al Kooper (à la prod) - Skynyrd fait des merveilles sur Second Helping qui reprend la formule du premier album, avec un côté encore plus carré, plus pro. Groupe de scène, ils arrivent à retranscrire en studio la folie et la générosité instrumentale de leurs concerts ("Call Me The Breeze" emprunté à JJ Cale), et surtout ils disposent de la plume de Ron Van Zant, aiguisée, avec un côté honnête et franc du collier qui le rattache plus à la country qu'au rock.

C'est ce mélange de rock débridé et d'écriture poétique qui fait toute la force de Lynyrd Skynyrd : "Working for MCA" précède dans son sujet le "EMI" des Sex Pistols, "The Needle and The Spoon" est une superbe chanson sur la drogue, et "The Ballad of Curtis Loew", histoire d'un bluesman noir, l'hommage à leurs racines, celles d'un Sud ambigu, et bien plus complexe qu'on veut bien le penser.

NL

PS : pour plus de précisions sur l'affaire Neil Young-Lynyrd Skynyrd, voir ici


Autres (grands) albums de 1974 :

Rock Bottom de Robert Wyatt, un de mes albums préféré de tous les temps, a déjà été joliment chroniqué par Roland ICI et par ma pomme ici et

Natty Dread, Bob Marley and The Wailers

Grievous Angel de Gram Parsons

Bon allez, la voilà cette pochette :