dimanche 24 octobre 2010

1956-58 : la playlist



Si le rock'n' roll est né en 1954, il explose réellement durant ces trois années, avant la récupération commerciale qui lui sera provisoirement fatale à la fin des années 50. On se rend mal compte aujourd'hui de la manière dont le rock'n roll chamboula le monde bien ordonné du show business, et la haine qu'il suscita dans les mileux conservateurs mais aussi de la part d'une certaine élite culturelle qui ne jurait que par le jazz ou le folk.


1. Chuck Berry – Johnny B Goode (1958) :

s'il est sans doute le premier guitar-hero de l'ère rock, et ce titre repris par Hendrix sur scène l'atteste, Chuck Berry était aussi un fantastique auteur-compositeur, sachant croquer comme personne des tranches de vie adolescentes.


2. Elvis Presley – Heartbreak Hotel (1956) :
1956, c'est l'année Presley, celle où le King, qui a quitté Sun Records, aligne 3 numéros 1 et squatte 25 semaines en tête des charts américains. Heartbreak Hotel, le premier d'entre eux, est enregistré à Nashville sous la direction de Chet Atkins.

3. Georges Brassens – Je m'suis fait tout petit (1956) :
à la fin des années 50, Brassens atteint les sommets de son art. Ses musiques s'affinent, témoin cette superbe chanson dédiée à sa compagne Joha Heiman dite Püpchen (poupée en Allemand), dont il aura l'honneur de ne pas demander la main dix ans plus tard.

4. Jimmy Rogers – Walking By Myself (1956) :
le petit bijou oublié de la sélection, cet excellent morceau de Chicago blues par le guitariste de Muddy Waters, avec en prime un des plus fabuleux solos d'harmonica du blues, signé Big Walter Horton.

5. Serge Gainsbourg – Le Poinçonneur des Lilas (1958) :
Il apparaît tout à coup avec sa tronche de chou-fleur, timide, droit comme un I sur scène ou les plateaux de télé. Sa première chanson, un chef d'œuvre, n'a pas pris une ride, car elle traite de l'universelle aliénation urbaine symbolisée par ce p… de métro que je prends tous les jours.

6. The Crickets – That'll be the day (1957) :
le premier chouchou des critiques (normal, il a des lunettes), c'est lui. Loin de la folie de Little Richard ou de Jerry Lee, Buddy Holly, avec sa trombine de premier de la classe, compose de petits bijoux pop-rock à la sauce texane et surtout annonce les Beatles. Des criquets aux scarabées, il n'y a qu'un coup d'ailes.

7. Sonny Rollins – Strode Rode (1956) :
le colosse du saxophone a enregistré de bien belles sessions au milieu des années 50, mais s'il n'en faut qu'une c'est bien Saxophone Colossus, album qui résume son style virevoltant et accessible à tous. Un must du bebop.

8. Domenico Modugno – Nel blu di pinto di blu (Volare) (1958)
ce morceau, c'est histoire de ne pas oublier que les gens n'écoutaient pas que du rock en 1956-58. "Volare" est d'ailleurs le 45 tours qui resta le plus longtemps en tête des charts mondiaux en 1958. Malgré cela, la chanson, qui représentait l'Italie à l'Eurovision 1958, ne se classa que troisième.

9. Jerry Lee Lewis – Great Balls Of Fire (1957) :
lorsqu'il déboule comme une furie sur la scène publique, Jerry Lee Lewis est le pire cauchemar de tout parent bien pensant. Un redneck déchaîné qui martèle son piano en hurlant des chansons équivoques sur des grosses boules de feu, et qui est d'ailleurs convaincu qu'il finira en enfer pour avoir joué la musique du diable.

10. Carl Perkins – Blue Suede Shoes (1956) :
totalement inconnu du grand public, Perkins est pourtant un des grands pionniers du rock'n'roll avec Elvis, Chuck, Jerry Lee et les autres. Excellent songwriter et guitariste, ce fils de fermiers pauvres du Mississippi avait parfaitement su marier la country et les rythmes noirs. En 1956, alors que sa chanson "Blue Suede Shoes" commence à décoller, il est victime d'un accident qui l'écarte de la scène. C'est Elvis qui popularisera sa chanson à sa place. Le monde est parfois injuste…

11. Henri Salvador – Dans mon île (1958) :
Que dire de Salvador ? Artiste ultra doué, fin guitariste de jazz, interprète capable de tout chanter, du rock'n'roll aux ballades sentimentales en passant par les airs traditionnels de ses chères Antilles, comique irrésistible, il est probablement le plus fantastique entertainer français d'après guerre. Ce titre lascif a été cité par Antonio Carlos Jobim comme une de ses principales influences lorque le sorcier brésilien concocta le son et les accords de la bossa nova.

mardi 4 mai 2010

1953-55 : La Playlist


Ces trois années voient apparaître le rock'n'roll, qui explosera à la fin de la décénnie, et qui vient s'ajouter ici au jazz, à la country, à l'âge d'or de la chanson française et à l'émergence des musiques du monde. Qui a dit que les années 50 sont chiantes ? Personne j'espère…

1. Elvis Presley – That's All Right Mama (1954) : l'acte de naissance du rock, "le jour où la musique s'arrêta", quand un jeune et beau camionneur de Memphis enregistra cette reprise du bluesman Arthur Crudup, et en face B, un morceau de country dont il sera question plus bas.


2. Little Richard – Tutti Frutti (1955) : quoi de plus jouissif que Little Richard ? L'éxubérante tata de New Orleans invente un style vocal qui fera des heureux dans la décénnie suivante (McCartney, Creedence) et arrive à balancer au grand public qui ne s'en rend pas toujours compte, des chansons sur des travelos qui hantent les bas-fonds de sa ville natale. Le tout sur un rythme à réveiller les morts.




3. Chet Baker – My Funny Valentine (1954) : le trompettiste classique Romain Leleu a dit de son instrument qu'il est une extension de la voix. Et vice versa. Chet chante comme il joue, avec un phrasé unique propre à faire fondre les cœurs les plus endurcis.


4. Boris Vian – Le Déserteur (1955) : écrite juste alors que la guerre d'Indochine laisse la place à celle d'Algérie, cette magnifique chanson –bien sûr interdite d'antenne- ne doit pas faire oublier aussi la dizaine d'autres titres plus légers que le grand Boris enregistra en 1955, sans aucun succès d'ailleurs.




5. Johnny Cash – Folsom Prison Blues (1955) : c'est en Allemagne, exilé dans sa base militaire, que le jeune natif de l'Arkansas imagine cette histoire de trains et de prisons –deux grands thèmes de la chanson sudiste. Lorsque la country se transforme en rock'n'roll…


6. Bill Haley & the Comets – Rock Around The Clock (1954) : … ça donne le rockabilly, popularisé par le papy à l'accroche-coeur, un peu oublié de la légende du rock, mais qui fut pourtant le premier à utiliser le terme en musique, avec un immense succès populaire.



7. Sarah Vaughan – Lullaby Of Birdland (1955) : associée à Clifford Brown (trompette) mais aussi le fabuleux Herbie Mann à la flûte, Sarah enregistre pour Mercury un album inoubliable de swing et de justesse.


8. Dean Martin – That's Amore (1953) : les mandolines, le soleil, le port de Naples.. la folie italo envahit les USA en 1953 avec ce méga-tube qui fait immédiatement penser aux Soprano ou à Scorcese. A lire absolument : la bio de Dean Martin par Nick Tosches.



9. Bill Monroe – Blue Moon Of Kentucky (1954) : donc, en 1954, Elvis reprend "Blue Moon Of Kentucky" en face B de son premier 45 tours. En entendant ça, Bill Monroe, le vieux patriarche du Bluegrass, flaire les gros sous, et réenregistre son standard. Le résultat dépasse à la fois l'original et la version d'Elvis. Sublime.



10. Big Joe Turner – Shake, Rattle and Roll (1954) : Joe Turner est de la génération des blues shouters, ceux qui n'ont pas toujours connu le micro. Une voix hénaurme, un swing irrésistible, des paroles salaces : Bill Haley en fera un hit (en édulcorant quelque peu le texte).


11. Grand Kallé & African Jazz – Ambiance Kallé Catho (1954) : Dans les années 1950, sur les deux rives du fleuve Congo, à Kinshasa et à Brazza, les premiers groupes de rumba africaine enregistrent. Une relecture jouissive, à l'Africaine, des rythmes des Caraïbes, qui ont retraversé l'Atlantique, avec une utilisation unique (et hyper moderne) de la guitare électrique.
Ambiance…




jeudi 22 avril 2010

Ali Farka Touré & Toumani Diabaté - Ali & Toumani (2010)



Second enregistrement de ces deux géants de la musique malienne, le lumineux "Ali and Toumani" est aussi le dernier du grand Farka, mort peu de temps après, en 2006. Voyage merveilleux, ode à l'amitié et à la vie : bien plus qu'un disque posthume supplémentaire.


Londres, 2005. Enthousiasmé par "In The Heart Of The Moon", le premier album d'Ali Farka Touré (guitare) et Toumani Diabaté (kora), le producteur et ingénieur du son Nick Gold accepte avec enthousiasme la suggestion de Toumani de réaliser un deuxième enregistrement à Londres des deux musiciens de passage en Europe.

Ali est malade. Le cancer est en train de terminer son travail. Le disque est enregistré en trois après-midis, avec l'aide du grand contrebassiste cubain Orlando 'Cachaíto' López, décédé lui aussi en 2009, et la participation du fils d'Ali, Vieux Farka Touré. Fatigué, le vieux guitariste doit faire des poses de plus en plus longues, mais insiste pour terminer l'enregistrement. On comprend maintenant pourquoi dans sa langue Farka signifie l'âne : pas plus têtu que lui… Comme sur "Heart Of The Moon", et à la demande d'Ali Farka, il n'y eut aucune répétition avant l'enregistrement. Les deux hommes se connaissaient tellement bien qu'il n'y en eut nul besoin, et on les sent soudés comme les doigts de la main à l'écoute de ce nouvel album enchanteur.

Sur les onze morceaux qui le composent, c'est toujours Ali Farka Touré qui joue le thème mélodique, et la kora de Toumani vient s'enrouler autour avec le sens et l'intuition du grand koraïste, qui une fois de plus fait de véritables merveilles avec ses 21 cordes. Les titres s'écoutent presque comme une suite ininterrompue, airs traditionnels des régions respectives des deux compères (le Nord du Mali pour Touré, le Sud mandingue pour Diabaté), improvisations, reprise de vieux succès d'Ali, avec parfois des accents cubains ou bluesy, car Toumani et Ali se sont toujours ouverts aux autres cultures musicales. Cette musique est toujours aussi envoûtante, comme hors du temps et de l'espace. Tout comme son prédécesseur, cet album pourrait servir de parfaite introduction à l'univers de ces deux immenses musiciens.

Si Ali est parti (le Et voilà qui clôture la dernière piste symbolise ce départ), Toumani, qui lui a offert un morceau de son dernier album, continue à faire vivre sa mémoire avec une tournée qui passera le 18 mai par le Casino de Paris, et surtout un projet avec Ry Cooder, qui prévoit de réunir musiciens cubains et africains dans un album à paraître en fin d'année.
En attendant, ce merveilleux disque nous tend les bras.

mercredi 14 avril 2010

1950-52 : La Playlist




Bienvenue pour une nouvelle exploration de l'histoire de la musique avec les lointaines années 1950, tristement oubliées et pourtant bourrées de pépites en tous genres.


1. Georges Brassens – Le Gorille (1952) : l'arrivée de Brassens dans le très sage show biz français est un cataclysme. Evidemment, quand on débute avec un tel brulôt… Un des sommets de la chanson. Le tout sur deux accords de guitare;

2. Hank Williams – Long Gone Lonesome Blues (1950) : Hank senior est lui aussi un monument dans son genre, le plus rock des chanteurs country avant Johnny Cash. Son blues, son romantisme et ses chansons inoubliables font encore fondre les cœurs aujourd'hui;

3. Percy Mayfield - Please Send Me Someone To Love (1950) : Moins connu, ce crooner-songwriter fut surnommé le "poète du blues". Beau gosse défiguré par un accident en 1952, il n'en continua pas moins à écrire, offrant "Hit the Road Jack" à Ray Charles.

4. Billie Holiday – I Only Have Eyes For You (1952) : alors que les ravages de l'alccol et de la drogue commencent à se faire entendre sur sa voix de velours, Lady Day enregistre dans les années 50 avec de petites formations dans un style feutré, très "lounge". Chanson de Duke Ellington, Oscar Peterson au piano, Holiday au chant : que de mande le peuple ?

5. Charlie Parker & Dizzie Gillespie – Bloomdido (1952) : c'est bien sûr l'émergence du be bop qui marque le jazz d'après-guerre. Sur cet enregistrement, trois monstres du style sont réunis : Bird, Diz et Thelonious mOnk au piano.



6. Jackie Brenston & His Delta Cats - Rocket 88 (1951) : c'est Ike Turner, guitariste, auteur-compositeur et découvreur de talents pour Sun à Memphis qui se cache derrière ce titre, considéré par beaucoup comme un des tous premiers authentique rock 'n' rolls.

7. Lester Flatt & Earl Scruggs - Foggy Mountain Breakdown (1950) : en country music, deux styles triophent au lendemain de la guerre : le honky tonk de Hank Williams, qui influencera le rock, et le bluegrass, inventé par Bill Monroe, beaucoup plus roots et campagnard. Earl Scruggs, virtuose du banjo, révolutionne totalement l'usage de cet instrument dans ce classique redécouvert en 1965 dans la bande originale de Bonnie and Clyde.

8. Nat King Cole – Mona Lisa (1951) : grand musicien de jazz et de blues de la côte Ouest, Nat King Cole s'illustre aussi en crooner avec des bluettes pop comme cette adresse à la Joconde, un des plus grands succès des années 50.



9. Blind Blake – John B Sail (Sloop John B) (1951) : la curiosité de cette liste. Entre blues et calypso, ce chanteur des Bahamas signe deux ou trois albums qui sont de véritables pépites. Les Beach Boys, qui reprendront cette chanson sur Pet Sounds, avaient décidément très bon goût. Pour en savoir plus, cliquez ici (lien vers mon blog)

10. Gene Kelly – Singing In the Rain (1952) : encore un immense succès populaire que cette comédie musicale. Indispensable à cette liste, car à la fois archi connu et irrésistible. Mais laissons parler les images.

11. Luis Mariano – Mexico (1950) : impensable aussi de nous quitter sans Mariano Eusebio González y García, le prince de l'opérette. Pas si ringard que ça, mais même pas du tout. Sa maîtrise vocale est tout simplement bluffante. Et en plus c'est drôle !

mardi 6 avril 2010

Gent del Desert - Molles (2009)



Gent Del Desert - La Ciutat y la vinya


Gent del Desert est un groupe de la région de Valence, qui chante exclusivement dans sa langue régionale, une variante du Catalan. Sur ce deuxième album autoproduit, ils marient des textes de poètes locaux avec une musique folk-rock ouverte à de multiples influences, entre tradition et modernité.

C'était au départ une bande d'amis, un collectif du nom d'El Desert de la Paraula, qui se réunissaient régulièrement pour chanter, lire des poèmes et discuter rimes, littérature et musique. Gent del Desert, la branche musicale du mouvement, est née en 2006 grâce à Jesus Barranco, musicien et leader, qui avec son compère Marc Pérez commença à mettre en musique tous ces mots.

Un premier album, “El Pèndol i la Terra”, est sorti en 2007, où les textes étaient scandés (façon "spoken word" à la Gil Scott Heron) sur des musiques traditionelles et où la guitare, le plus souvent espagnole, se taillait la part du lion.

Sur "Molles", paru en 2009, le groupe a passé un cap. Le chant est beaucoup plus utilisé, et surtout la musique prend une tournure plus rock, plus "produite", avec un véritable groupe et de nombreux musiciens, fonctionnant, à la manière des posses du hip-hop, comme un collectif, avec un noyau dur autout duquel gravitent musiciens et poètes invités.

Avant d'aller plus loin, un petit exposé du contexte culturel s'impose : le Catalan du pays valencien, la langue dans laquelle nos amis s'expriment exclusivement, a été victime, comme toutes les langues locales de l'Espagne, d'un véritable phénomène de répression de la part du gouvernement central depuis le 18è siècle. Interdit sous Franco, banni des écoles, des théâtres et des documents publics, le catalan résistait, notamment avec la canço apparue dans les années soixante et dont les plus célèbres représentants furent Luis Llach, Joan manuel Serrat, ou Raimon pour le Valencien. Curieusement, la movida des années 80, dans son "modernisme" affiché, sonna le glas de la canço et la résurgence de la musique régionale ne se fit massivement que dans les années 1990 et 2000. Aujourd'hui la musique en valencien se porte plutôt bien, et la langue est chantée non seulement par des groupes à vocation folk mais aussi par des rappers, des musiciens électro ou des rockers.

Molles, avec ces sonorités plus "mondiales", participe de cet affranchissement, et le groupe regarde désormais à la fois vers l'intérieur, la tradition, le passé, mais aussi vers l'extérieur, en incorporant de multiples influences, ce qui rend l'écoute agréable et jamais monotone. On ne sait jamais vraiment ce qu'ils nous résèrvent pour la prochaine chanson, et même si parfois on est au bord de l'éparpillement, cet éclectisme a le mérite de ne jamais nous endormir. Disons que le son de Gente del Desert s'articule autour d'une base folk-rock méditerranéen, avec des incursions vers les musiques latino-américaines, le reggae, et un parfum d'épices venues d'Afrique. Côté instruments, c'est la profusion : aux guitares, basses et batterie viennent s'ajouter au gré des morceaux accordéon, banjos, guimbardes, mandolines, pedal steel, kazoo, harmonicas, tubas, pianos et toutes sortes de percussions, bref un bastringue à rendre jaloux Tom Waits ou les Pogues, même si par moments là aussi on est au bord de l'encombrement.

A l'instar de leurs homologues français des Fabulous Trobadors ou Moussu T E Lei Jovents, ils assimilent les musiques d'autres peuples pour mieux mettre en valeur leur propre culture.

Les textes bien sûr sont très importants, mais le Valencien, plus proche du Français que l'espagnol castillan, nous révèle du sens par bribes, comme à travers un maillage. Les traductions gracieusement fournies par l'entourage du groupe m'ont fait découvrir des textes variés, puisqu'une dizaine d'auteurs différents, vivants ou disparus, sont repris dans l'album. On y trouve notamment une magnifique chanson d'immigrants, La Ciutat y la vinya, sur le travail saisonnier des Valenciens dans le Rousillon; un souvenir d'enfance avec El Record, véritable scénario à la Almodovar sur des gamins qui passent tous les jours devant un bar à putes, sur fond de valse western avec piano de saloon et pedal steel guitar; ou encore, la chanson-gag Education for citizenship qui ridiculise le gouvernement conservateur de la communauté valencienne auteur d'un projet absurde de cours d'éducation civique…en Anglais.

Bref, un groupe prometteur, qui, on l'espère, travaille à un nouvel album.

Gent del Desert sur Myspace

mercredi 10 mars 2010

1979 : la playlist


On peut le déplorer, mais 1979, c'est déjà un peu les années 80. Arrivée du rap, de Joy Division, dernières paillettes disco… soixante dix neuf, c'est l'année du neuf (elle est très mauvaise, celle-là , non?).

1. The Clash – London Calling : L'incontournable de l'année, ou comment un groupe punk énervé sort en un rien de temps un double album qui deviendra un immense classique. Très vite sorti du carcan punk, le groupe intègre même du disco dans sa musique (on les verra jouer avec Chic). Justement…

2. Chic – Good Times : en matière de disco, qui fait mieux musicalement que le groupe de Nile Rodgers ? "Le Freak" en 78, "Good Times" en 79, deux tubes planétaires. Rodgers est aussi un immense producteur (Diana Ross mais aussi Bowie en 83, ou encore Madonna et Duran Duran).

3. Michael Jackson – Don't Stop Till You Get Enough : on porte "Thriller" aux nues, mais le "Off the Wall"sorti cette année-là ne souffrirait pas de la comparaison avec son illustre successeur. Michael maîtrise déjà parfaitement son affaire.

4. Growling Tiger – Money Is King : la perle oubliée de cette playlist. Ancienne superstar de la calypso trinidadienne d'avant-guerre, le Tiger est redécouvert et interprète avec un groupe d'excellents musiciens latinos ses plus grand succès. Dont ce titre aussi savoureux musicalement que drôle et acerbe socialement.



5. Sugarhill Gang – Rapper's Delight : le groupe responsable premier tube de rap était en fait un ensemble monté de toutes pièces par la productrice Sylvia Robinson pour sa maison de disque Sugarhill Records. On reconnaîtra bien sûr la ligne de basse de… "Good Times". Niles Rodgers, d'abord très énervé, obtient finalement d'être crédité sur la pochette.


6. Joy Division – Transmission : Bon là on change de décor, avec le premier succès de la bande à Ian Curtis. Mais bon, à part les rappers et les gothicos-post punk, que nous apporté les eighties ? Ah, si, le "hair metal".

7. AC/DC : "Highway to Hell" : les Australiens ont attendu le septième album, le dernier avec le chanteur Bon Scott, décédé en février 1980, pour atteindre la consécration et entrer au top 100 américain. La chanson, loin d'être une ode à Satan, décrit la vie d'enfer du groupe condamné à bouffer constamment de la route lors de leurs incessantes tournées.

8. Gloria Gaynor – I Will Survive : sorti en octobre 78, ce titre était à l'origine une face B, ce qui explique son explosion tardive, l'année suivante. Aux states, c'est un hymne féministe et anti-Sida, chez nous, c'est surtout la bande-son d'un certain 3-0, bien sur.

9. Madness – One Step Beyond : on ne parle pas assez de Madness dans les histories du rock. Pourtant la joviale bande d'habitués de fans de reggae et de Doc Martens vintage sont toujours là et sortent encore d'excellents albums. Mais "One Step Beyond", reprise d'une vieillerie du Jamaiquain Prince Buster, reste inoubliable. "Hey You, don't watch that, whatch this !"
10. Pretenders – Brass in Pocket : un des premiers success de la bande à Chrissie Hynde, qui allait cartonner l'année suivante avec son premier album.

11. Alain Chamfort – Manureva : à l'heure ou Chamfort sort (uniquement sur le net) un album-hommage à Yves Saint-Laurent, rappelons nous ce grand tube écrit par Gainsbourg. Mais saviez-vous qu'au départ, la chanson s'appelait "Adieu California ? " Chamfort, peu convaincu par le texte, en fit part à Gainsbourg qui changea ses paroles à la dernière minute après un dîner chez Riguidel. CBS stoppa alors la fabrication du simple, Chamfort retourna ré-enregistrer sa voix. Résultat : tube.

Voilà, c'était forcément la dernière playlist consacrée aux seventies, mais on se retrouve dans quelques semaines… trente années plus tôt puisqu'on attaquera les années cinquante (puis soixante). See you later, alligators !

vendredi 5 mars 2010

First Aid Kit - The Big Black and the Blue



Ces deux sympathiques sœurs suédoises nous offrent un album de pure folk, rafraichissante à souhait, même si leur musique manque parfois d'originalité et regarde un peu trop du côté de la néo-folk de la côte Ouest (Fleet Foxes, Alela Diane). Mais bon, elles n'ont que 16 et 18ans !!


Les fans de Fleet Foxes s'en souviennent : fin 2008, on peut voir sur Youtube deux très jeunes adolescentes en chemises à carreaux, reprendre le Tiger Mountain Peasant Song des chevelus de Seattle, avec pour décor une forêt de sapins. Le petit texte accompagnateur précisait "We're First Aid Kit and we're a sisters-duo from Sweden. In the summer of 2008 we did this cover of "Tiger Mountain Peasant Song" by Fleet Foxes".

2 ans plus tard, via la maison de disques, on reçoit à Etat-critique cet album. La promo les désigne comme des "bébés Fleet Foxes".

Et en effet, la première écoute révèle une forte filiation - notamment dans le In The Morning inaugural - avec le groupe de Colin Pecknold. Harmonies vocales, guitares acoustique, passages a capella, tout y est, mais pourtant, on aime. Bon, on ne peut pas dire non plus que ce sera le disque de l'année 2010, mais tout de même, ces deux jeunes sœurs suédoises ont la bonne idée de nous insuffler un bon bol d'air frais (forcément, venu de Suède, en janvier…).

Leur musique sans concession les rapproche aussi énormément de quelqu'un comme Alela Diane, dont Klara, la chanteuse principale, a le timbre..

Ce qui impressionne tout de même, c'est que Klara et Johanna Söderberg n'ont que 16 et 18 ans. Là, on peut leur pardonner leur côté ingénu. Ecrire des chansons comme Heavy Storm à cet âge-là, ma foi, c'est plutôt pas mal.

Ce serait fort mal connaître la Suède que de dire que ce pays ne produit que de l'electro-pop style The Knife ou Fever Ray. Une solide scène folk existe dans ce pays qui est très proche culturellement des Etats-Unis. On peut citer The Tallest Man on Earth ou Taxi Taxi parmi les espoirs de cette génération.

Les deux sœurs Söderberg, elles, ont découvert la bonne musique en écoutant le « Bright Eyes » de Conor Oberst et n'ont démarré qu'en 2007. Depuis, albums et tournées s'enchaînent, et de notre côté on espère que ce joli duo aux voix célestes saura pousser et grandir.

Leur Myspace

Un post (en Anglais) par mon collègue de Groover's Paradise, Ramone666.

jeudi 25 février 2010

1978 : La Playlist


Comme disait Coluche, mauvaise année pour les papes ! A part ça, 78, c'est un peu le sequel de 77 en moins bien, mais il y a tout de même de quoi se mettre sur l'oreille.

1. Bruce Springsteen – Adam Raised A Cain : Et si Darkness On The Edge Of Town était le meilleur album du boss ? Sombre, mature, ramassé, rock, moins tape à l'oeil que Born to Run ? Et si Darkness était le meilleur album de tous les temps ? Bon là, c'est mon choix perso, j'imagine que c'est pas le vôtre…

2. The Clash – (White Man) In Hammersmith Palais : En plus de plein d'autres choses, les Clash furent parmi les premiers à mêler punk et reggae, avec des paroles pleines d'autodérision, où Strummer prend déjà ses distances avec la mode punk ("turning rebellion into money")

3. Blondie – Heart Of Glass : environ 80% des groupes indie branchés de maintenant leur ont tout piqué. Ce son me ramène instantanément en 1978. J'étais en 8è, comme on disait dans ce temps-là.

4. Funkadelic – Who Says A Funk Band Can't Play Rock : le métissage, le brassage sera la règle des années à venir, témoin ce titre devenu l'hymne du "black rock" des années 80. Clinton et sa clique réconcilient Hendrix et dancefloor.

5. Buzzcocks – Ever Fallen In Love ? : en 1995, je découvrais le premier Supergrass avec émerveillement. Je ne connaissais pas encore ce titre exceptionnel.



6. The Police – Roxanne : bon on aime ou on aime pas, mais fin 70 début 80, Police était total incontournable, même si je trouve que leur son date un peu aujourd'hui.

7. Willie Colón & Rubén Bladés - Pedro Navaja : deux immenses pointures de la salsa, un tromboniste-chef d'orchestre new yorkais et un chanteur-parolier panaméen allient leur talent pour sortir cette année là, avec Siembra, un sommet du genre.

8. Elvis Costello – (I Don't Want To Go To Chelsea) : lui aussi est incontournable avec son rock acide et caustique à souhait, plus méchant que jamais en 1978.

9. John Travolta & Olivia Newton John – You're the one That I Want : on allait pas se quitter sans du disco quand même ? C'est le tube de cette année-là, où John et Olivia tentent de battre le record du monde de niaiserie (et de coiffure).

10. Carey Bell – Laundromat Blues : le blues, pendant ce temps-là, est toujours en vie à Chicago, un peu sous perf', mais quand même il a de beaux reste, comme le prouve la compilation Living Chicago Blues sortie par Alligator, dont est extraite cette superbe histoire d'adultère et de laveries automatiques.

11. Plastic Bertrand – Ca plane pour moi : un jeune Belge monté sur ressorts de 23 ans fait un tabac avec ce tube de variété-punk toujours aussi irrésistible. Mais saviez-vous qu'il s'agit de l'adaptation de "Jet Boy Jet Girl", titre du groupe anglo-belge Elton Motello dont Roger Jouret (ou Plastic Bertrand) était le batteur ? Et que le Jet Boy Jet Girl en question est un hymne punk-gay aux paroles bien plus osées que celles de "Ca plane pour moi ?". L'histoire est à découvrir ici

Retrouvez cet article avec des vidéos en + sur etat-critique.com

dimanche 31 janvier 2010

Playlist 1977


Une des années les plus importantes de l'histoire du rock. Il y a un avant et un après 1977. Avant, le rock désormais "classique". Après, le post punk, le rap, la techno, la dance, le metal, l'indus, etc... genres tous en germe dans les productions aux deux 7. Et en plus, il ya un immense album de Brel.


1. Jacques Brel – La Ville s'endormait : le chant du cygne du grand Jacques, revenu des îles pour enregistrer un album magistral, juste avant d'être emporté par le Crabe, "par arrêt de l'arbitre".

2. David Bowie – Heroes : 1977, heureuse année pour Bowie, qui enregistre à Berlin avec Brian Eno deux albums visionnaires et annonciateurs des années 80. Et il y a ce tube, immense, le sommet de sa période berlinoise.


3. Bee Gees – Stayin' Alive : pendant ce temps-là, la vague disco emporte tout sur son passage, et la B.O. de "Saturday Night fever" devient l'album le plus vendu de tous les temps. Stars pop sur le déclin, les frères Gibbs se relancent avec cette machine à danser.


4. Althea and Donna - Uptown Top Ranking : le milieu des seventies voit éclore le reggae "roots" et son derivé dub, si influent sur la musique electronique. Parmi des tubes à la pelle, on choisit ce "one hit wonder" féminin qui sera numéro un en Angleterre l'année suivante.


5. Suicide – Ghost Rider : "America is Killing its youth" : deux allumés, Alan Vega et Martin Rev, inventent une sorte de rockabilly electro ultra destroy et industriel. Intense, jouissif ? Même Springsteen s'en inspirera sur "Nebraska".



6. Television – Marquee Moon : dans la droite ligne de Jonathan Richman, mais avec des solos de guitares interminables et intenses, Tom Verlaine fait entendre sa voix très personnelle, entre punk et power pop.

7. Donna Summer – I Feel Love : encore un ovni dans une année complètement débridée. De la dance, de la house avant l'heure ? Et si toute la musique moderne (rap, techno, indie) avait été inventée dans les années 70 ?


8. Renaud –Les Charognards : au milieu de toute cette agitation, une belle protest song à l'ancienne, inspirée à Renaud par un fait divers (un braquage qui se termine mal) auquel il a assisté en personne.

9. Fleetwood Mac – Go Your Own Way : le soft rock à papa était encore bien vivant en 1977, et offre même un de ses plus beaux joyaux avec cet album Rumors, autre block buster de l'année.


10. Iggy Pop – Lust For Life : assagi l'iguane ? avec Bowie, il sort son album le plus calme, le moins aggressif, et prouve qu'il peut être aussi un excellent chanteur pop-rock.


11. Talking Heads – Psycho Killer : 1977, on l'a vu, est le laboratoire de la new-wave à venir. Très technique, le groupe de David Byrne présente cette année là son premier disque, un de ses meilleurs, en concoctant un cold funk sur lequel sa voix quasi robotique déclame des textes étranges et décalés.

lundi 11 janvier 2010

1976 : la playlist

En 76, année où les Verts se font clouer en finale par le Bayern, l'Amérique élit un fan d'Elvis (Jimmy Carter) à la Maison Blanche. Téléphone donne son premier concert, The Cure, U2 ou The Clash voient le jour. Et surtout, l'été est très chaud. Alors on regarde Super Jaimie à la télé.

1. Sex Pistols – Anarchy in the UK : Un des titres les plus révolutionnaires de l'histoire du rock, Anarchy fut retiré de la vente et les Pistols virés par EMI quelques mois après sa sortie. Johnny Rotten et sa bande avaient tapé dans le mille et réveillé les terreurs de l'Angleterre bien pensante.

2. Eagles – Hotel California : bon, pendant ce temps-là, le bon vieux rock à papa continuait sa route, avec ce titre devenu LE classique des seventies à l'instar de Stairway. Des heures d'air guitar au compteur.

3. Serge Gainsbourg – Marilou Reggae : On ajoutera ce titre au Marilou sous la neige choisi par etat-critique pour la playlist de Noël. Mais une écoute intégrale du chef d'œuvre L'Homme à la tête de chou s'impose de toute façon.

4. Tom Waits – Tom Traubert's Blues : cette poignante ballade est la plus belle de son époque seventies. A faire pleurer le plus endurci des gardiens de la révolution iranienne.

5. Ramones – Blitzgrieg Pop : les Ramones sont le premier groupe punk, avec leurs morceaux réduits à l'essentiel, leurs tempos ultra-speed et leurs paroles joyeusement débiles. Et à propos Joey, tu me donneras l'adresse de ton coiffeur…



6. James Booker – Junco Partner : pianiste virtuose éduqué au classique, borgne et fantasque, James Booker est avec Dr. John un des derniers de la grande lignée des caresseurs d'ivoire de la Nouvelle-Orléans. Pour preuve ces six minutes ahurissantes où il revisite un classique de sa ville natale.

7. Stevie Wonder - Sir Duke : Le double album Songs In The Key Of Life est le bouquet final de sa grande période seventies. "Sir Duke", son grand hommage au jazz, est numéro 1 des charts R&B et pop au printemps cette année-là.

8. ABBA – Dancing Queen : encore un sommet des seventies que cet hyper-tube qui apporte au disco la légereté et le sens mélodique de la pop européenne à la Beatles. ABBA mérite beaucoup mieux que d'être dédaignés par les tenants du "vrai" rock.

9. Jacob Miller – Tenement Yard : 1976, énorme année de reggae, avec des tubes comme "Police and Thieves" ou "War Ina Babylon", ou encore, moins connu, cet hymne rasta au tempo très contagieux.

10. David Bowie – Wild Is The Wind : Une reprise, chose assez rare chez Bowie, mais il a une façon si personnelle d'interpréter cette ballade qu'il se l'approprie complètement.

11. Fela Kuti – Zombie : un des titres les plus emblématiques du Nigérian, cette attaque en règle contre l'armée devint un tube repris dans la rue par des millions de personnes. Les représailles du pouvoir furent terribles : en 1977, 1000 soldats incendièrent son domaine, jetant sa mère de 82 ans par la fenêtre et empêchant les pompiers de se rendre sur place. Au Nigéria, provoquer le pouvoir coûtait un peu plus cher qu'en Angleterre. Les Sex Pistols peuvent aller remettre une tenue correcte et ne pas oublier la raie sur le côté, merci.

lundi 28 décembre 2009

J'ai pas aimé : Yeah Yeah Yeahs - It's Blitz


Ca, un des disques de l'année ? Vous voulez rire, non ? C'est pourtant ce qu'annonce la presse musicale branchée anglo-saxonne. On a pas vraiment écouté le même disque. Revue de presse et rectifications s'imposent.

Les critiques branchés sont des gens bizarres. Ils peuvent recevoir tout le catalogue de tous les labels du monde, et ce en un claquement de doigts, et pourtant leurs choix de fin d'année sont non seulement tous les mêmes, mais ils ne se concentrent que un seul (micro) style : le rock dit "indé". Bon, par diplomatie, ils y ajoutent un quota de hip hop, discrimination positive oblige, mais sinon on a l'impression que tous ces beaux messieurs à lunettes gravitent non-stop autour de l'astre Radiohead depuis maintenant 10 ans. Eh les gars, d'autres galaxies musicales existent, et en plus elles ne sont pas à des années lumière !!

Au lieu de ça on va donc se taper dans les traditionnelles listes de fin d'année de l'electro pas trop electro non plus, des groupes avec des noms bizarres, et je vous parle même pas des pochettes. Bon, par-ci par-là il y a aussi des bons trucs (Fever Ray, Grizzly Bear à la rigueur), mais sinon il faut en avaler des couleuvres post-eighties, du folk sous éther et du disco réfrigéré.

Là, cette année, outre les Animal Collective (là je préfère même pas chroniquer) et les XX, on a l'indigeste album des Flaming Lips, ou encore, ces Yeah Yeah Yeahs (comme dirait Coluche, "rien qu'le nom m'amuse").

Bon, pour tout vous dire, en écoutant "It's Blitz !", je ne connaissais rien d'eux. Paraît qu'ils avaient "créé le buzz" au début des années 2000, puis enregistré leur album-référence "Fever To Tell", en 2003. Depuis, on y a trempé l'oreille : du rock genre post-punk porté par des guitares impeccablement cradingues. Du genre assez enervé, mais pas non plus de quoi faire perdre le moindre bourrelet à Beth Ditto.

Mars 2009 : sortie de "It's blitz!", et là , grand branle bas dans la maison branchaoui. On crie à l'album de la maturité, au chef d'œuvre. Décembre 2009 : l'album se classe n°2 de l'année selon Spin Magazin et Amazon USA, et 3e pour le britannique NME.

C'est là qu'on l'écoute, et que vraiment, on ne comprend pas. Visiblement, le groupe a pris un tournant electro. C'est clair dès le premier morceau, le single Zero : les guitares laissent place à des synthés et à un bon gros beat pachydermique. La voix de Karen O, la charismatique chanteuse, s'est assagie, et chacun de ses petits cris de belette semble calculé au milimètre, et sexuel comme une porte de congélo.

Les groupes de la scène de Brooklyn sont fascinés par les années 80, par Blondie et Siouxsie, et c'est carrément criant chez les Yeah Yeah Yeahs (sur Off With Your Head). Le groupe alterne ensuite les tempos, proposant du pop, de l'athmosphérique épique à la Arcade Fire, du rock. Le problème est que tout cela sonne bien terne. Pas totalement désagréable à écouter, mais ils ont le don de rendre leurs morceaux inintéressants au-delà des trente premières secondes. En fait ils sont idéaux à écouter par extraits sur le site d'Amazon !!

Leurs compositions manquent d'impact mélodique, tout repose sur les arrangements, sur la montée en puissance sonore, sur l'habillage, mais tout est aussi complètement noyé dans un son très générique, très propre, et froid comme un glaçon. De la musique surgelée, bonne pour le micro –ondes. Une musique qui ne laisse aucune place au hasard, à l'accident. L'agressivité, sur les morceaux plus rock (Shame and fortune) y est parfaitement tempérée, maîtrisée. Les riffs de guitares sont d'une précision chirurgicale. Du rock zéro-mort. De la pop qui sautille avec la légèreté d'un hippopotame (Dragon Queen), et rien qui n'ait déjà été entendu 10 fois et en 10 fois mieux.

La production enferme ces chansons dans un emballage plastique, lisse, cosmétique, finalement superficiel et banal. Les ballades confinent à la niaiserie. Et pourtant on les adore. Pitchfork leur met la note de 8.1 (attention, pas 8.2, hein..). Bon, l'exception qui confirme la règle, les Inrocks sont déçus.
A part ça , écoutez plutôt l'album de Fredo Viola, si vous voulez du moderne, j'ai adoré mais Pierrot Loosdregt a été plus rapide, pour la chronique.

(paru sur etat-critique.com le 27.12.2009)

Voir le myspace des Yeah Yeah Yeahs

lundi 21 décembre 2009

1975 : la Playlist

(publié le 20.12.20009 sur etat-critique.com)

A partir de maintenant, on vous proposera non plus 10 mais 11 chansons. Pourquoi ? Pasque. Raisons possibles : c'est bientôt la Coupe du monde, et surtout 10 c'est trop rond comme chiffre. Et puis comme ça on mettra de la chanson française pour faire plaisir à Frédéric Mitterrand.


(n'oubliez pas de cliquer dans le juke box à droite pour écouter le son comme disent les djeunes de main'nant)

1. Bruce Springsteen – Thunder Road : choix cornélien : quel titre pour représenter le grandiose Born to Run ? Je préfère cette sublime ballade épique au morceau-titre, mais franchement ça s'est terminé aux penalties.

2. Queen – Bohemian Rhapsody : où Mercury passé du hard-rock à l'opéra en passant par toutes les couleurs de la pop. Au fait , vous connaissez, Mika ?

3. Bob Marley – No Woman No Cry (live) : extrait d'un des plus beaux live de tous les temps, cette version a fini par supplanter l'enregistrement studio (qui sonne ridicule à côté).

4. Mahmoud Ahmed - Erè mèla mèla :
merci, grand merci aux compilateurs de la série Ethiopiques, qui nous font découvrir l'afro-soul d'Addis Abeba. Incroyable mais vrai.

5. Jonathan Richman & The Modern Lovers – Roadrunner :
en 1975, les Ramones n'avaient pas encore donné le coup d'envoi de l'invasion punk, mais certains artistes, comme ce gamin enrhumé de Boston, n'en étaient alors pas loin.



6. Neil Young – Cortez The Killer : Echange ce seul morceau contre l'intégrale de Wilco. Plus planant tu meurs.

7. Aerosmith – Walk This Way :
sans Run DMC, ce hit tient (presque) aussi bien la route ! Les hardeux de la playlist.

8. Bob Dylan – Tangled Up In Blue :
Et si Blood On The Tracks était tout simplement son meilleur album, où le Zim, plus adulte, tombe le masque, enfin pas tout à fait tout de même.

9. Donna Summer – Love To Love You Baby :
16 minutes et 48 secondes d'émoustille qui propulsèrent la Reine du disco au firmament. Un des premiers tubes classés X.

10. Patti Smith – Gloria :
"Jesus Died For Somebody's Sins But Not Mine" : la dame à moustache reprend du Van Morrison en y ajoutant sa poésie sauvage, et une première phrase emblématique du punk rock, juste avant que les Pistols se prennent, eux, carrémént pour l'antéchrist au chapitre prochain.

11. Nino Ferrer – Le Sud :
le 11è homme est bien de chez nous, avec sa tortue et son poisson rouge, pour qu'il ne manque rien dans cette playlist… Et la chanson a été inspirée par la maison que Nino venait d'acheter près de... Moncuq.

lundi 30 novembre 2009

Levon Helm : Electric Dirt (2009)





(un extrait à écouter dans le juke box à droite)

On ne change pas une équipe qui gagne : l'ex batteur du Band, 69 ans, reprend les mêmes (son prod Larry Campbell, sa fille Amy), mais cette fois il a payé sa facture EDF et nous offre un somptueux album électrique, toujours aussi roots.

Il n'y a pas d'âge pour relancer une carrière. Levon Helm, légende des sixties et des seventies, "le plus cool des batteurs-chanteurs de tous les temps" (selon le New York Mag), est de retour depuis deux ans déjà. En 2007, il sortait Dirt Farmer , épaulé par le producteur Larry Campbell et sa fille Amy Helm. Un album qui rendait hommage à la vieille country music et à ses parents, fermiers dans l'Arkansas. A noter qu'il sortait tout juste d'un cancer de la gorge.

Un Grammy Award plus tard, Levon a repris les mêmes sans toutefois livrer la copie de son précédent opus : d'abord, comme son nom l'indique son nouvel album est plus électrique, et plus éclectique aussi, s'ouvrant notamment à des musiques plus swingantes. "Electric Dirt" s'ouvre sur le joyeux Tennesse Jed des vieux compagnons de route Grateful Dead, aborde les côtes de la Louisiane avec l'acerbe Kingfish de Randy Newman (arrangé par une autre légende vivante, Allen Toussaint), fait un tour à l'église avec le très gospel Moving On Train des Staple Singers, et passe par les plantations du Delta pour deux titres de Muddy Waters, qui, s'ils ne font pas oublier le Maître, font du bien là où ils passent. Campbell prouve s'il en est encore besoin son feeling de producteur et de musicien avec par exemple une belle partie de mandoline sur You Can't Loose What You Ain' Never Had du même Muddy.

Les amateurs de folk des Appalaches n'ont pas été oubliés non plus, avec le poignant Golden Bird et son intro de fiddle qui sent bon les années 20.

Mais c'est sans doute sur sa seule composition de l'album, Growing Trade, que Levon Helm frappe le plus fort. Une chanson sur le dur métier de fermier, ses joies et ses peines (un fermier obligé de cultiver de la marijuana pour survivre), mais surtout une formidable chanson du Band, qui nous ramène "back to the days", avec ce son inimitable de batterie, cette voix qui a gagné en puissance à force que s'éloigne le spectre du cancer, et ce thème du retour à la terre et aux valeurs simples que prônaient Helm, Robinson, Danko et les autres sur "Music From Big Pink " (1968). En ces temps où la musique s'urbanise à vitesse grand V, il fait bon respirer le bon air de la campagne de temps à autre.

Une autre constante de ce beau disque (qui à mon goût surpasse le précédent) est le plaisir qu'ils ont pris à le faire, comme on le verra sur le clip ci-joint. Et "Electric Dirt", album fait à la coule, sans pression et en famille se termine sur le débridé et contagieux shuffle soul de I Wish I Knew How It Feels To Be Free de Nina Simone, une ode à la liberté et à la renaissance à soi-même. Chose que musicalement, Levon Helm a pleinement réussie.

Un petit clip sur le making-of de l'album.

1974 : La Playlist



(N'oubliez pas de faire péter le son dans le jukebox ci-contre)


1974 : année curieuse. Alors qu’un certain groupe Abba gagne l’Eurovision pour la Suède, le disco devient un style de musique à part entière pour le Billboard, les Talking Heads et les Ramones se forment, et surtout une tripotée d’albums zarbis et uniques en leur genre voient le jour. Bande son.


1. Robert Wyatt (photo) - Sea Song : une chanson à la beauté étrange, envoûtante, qui ouvre le sublime et extraterrestre Rock Bottom.

2. Kraftwerk – Autobahn : 1974 est une année incroyable, où se révèlent toutes sortes de groupes expérimentaux qui deviendront cultes dix ans plus tard. Parmi eux, les pionniers allemenads de l’electro et du synthétiseur frappent fort avec cette longue suite qui couvrait toute la première face de leur album du même nom.

3. Lynyrd Skynyrd – Sweet Home Alabama : contraste ? à peine… Chanson controversée (voir chronique sur l’album) et tube imparable, « Sweet Home Alabama » et son riff de guitare immortel symbolise à elle seule la fougue du rock sudiste.

4. Big Star – September Gurls : groupe culte parmi les cultes, le Big Star d’Alex Chilton et Chris Bell invente la power-pop, trait d’union entre les sixties et le punk.

5. Professor Longhair (photo) – Tipitina : Ce très grand pianiste de la Nouvelle Orléans enregistre cette année-là un album extraordianaire en compagnie des pointures de la ville où il sublime ses grands standards des années 40-50. irrésistiblement groovy.



6. The Sparks – This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us : Gros succès outre-manche, un autre single culte d’un des duos les plus originaux et excentriques de l’histoire de la pop. Un vrai objet sonore non identifié, avec cette voix funambule de falsetto et un son qui annonce les eighties avant l’heure.

7. Al Green – Take Me To The River : un jour, dans un hôtel au Ladakh, j’ai vu une carpe en plastique qui, quand on la mettait en route, chantait cette chanson et “Don’t Worry Be Happy”. Depuis chaque fois que j’entends ce tube d’Al Green, je pense à la carpe.

8. Patti Labelle – Lady Marmalade : Si je vous dis “Voulez vous coucher avec moi ? (non, aîe, pas sur la tête, la chanson, je veux dire !), je suis sûr que ça vous parlera. Typique de la mutation de la soul en disco.

9. Bonga – Saudade : Superbe chanteur romantique angolais, Bonga mêlait les rythmes africains et le fado bien avant Cesaria Evora. Superbe et à découvrir si vous n’aimez pas déjà.

10. Gil Scott Heron – The Bottle : l’inventeur de Jamiroquai était aussi poète (et écrivain, auteur de l’excellent Vautour), comme en témoigne cette superbe chanson.

mercredi 18 novembre 2009

Iggy Pop : Préliminaires (2009)



Pour son nouvel opus, l'iguane abandonne le rock métallisé et s'invente en crooner fan de Houellebecq. La démarche est louable mais le résultat pas toujours à la hauteur, surtout vu de ce côté de l'Atlantique.

Iggy Pop est un grand chanteur. Une des voix les plus reconnaissables, les plus fortes du rock. Et comme c'est le cas pour la plupart des grands chanteurs, sa voix vieillit comme du bon vin.

On pouvait donc se dire qu'un album moins rock, plus "pop" au sens américain du terme (en français on pourrait dire "chanson" tout simplement), c'était une assez bonne promesse avec un tel interprète. D'autant que l'homme a déjà évoulé dans ces registres. Après tout ses deux grands chefs d'œuvre de 1977, Lust For Life et The Idiot, co-signés avec Bowie après la furie stoogienne du début seventies, c'était déjà un démarquage qui tendait à prouver que l'Iguane était bien plus qu'un exhibitionniste cramé et destroy abonné au punk rock binaire.

Dès le printemps dernier on annonçait donc un album intello, jazzy, inspiré de La Possibilité d'une île de Houellebecq, et bardé de références cultureuses et francophiles. L'iguane lui-même s'annonçait lassé du rock de voyous, et le chevalier des Arts et des Lettres qu'il est depuis 2003 (décoré le même jour que Carla Bruni) citait Antonin Artaud dans ses interviews aux journaux français.

On tombe de haut cependant lorsqu'Iggy, en ouverture de Préliminaires, sussure "Les Feuilles mortes" de Prévert et Cosma avec un accent à couper au couteau sur fond de synthés et de boîtes à rythme. Si elle peu paraître exotique à l'auditeur de Detroit ou de Brooklyn, cette intro kitschissime risque de nettement moins bien passer à Angoulême ou à Levallois-Perret.

Passé ce.. préliminaire, l'écoute révèle en fait un ensemble assez hétéroclite musicalement : du jazz bien sûr, avec le morceau de bravoure "King Of the Dogs" et ses arrangements New Orleans, mais aussi du rock à guitares plus familier ("Je sais que tu sais", "Nice To Be Dead"), de l'electro-pop ("Party Time") et une bonne doses de ballades entre Gainsbourg et Léonard Cohen période I'm Your Man.

Le problème étant que même sur les morceaux les plus réussis comme "King Of the Dogs" ou le très littéraire "A Machine For Loving" cosigné par Houellebecq, la sauce ne prend jamais tout à fait. Les chansons, trop dépareillées, manquent de souvent de solidité dans l'écriture, malgré une interprétation comme toujours sincère et parfois touchante. Alors évidemment on se prend à regretter la plume et la touche de Bowie, ce qui n'est pas très sympa et rajeunissant pour Iggy qui reste un personnage attachant, vif, sachant parfois quitter les sentiers battus. C'est bien le seul mérite de cet album plutôt décevant.

L'Iguane, lui, a l'intention de persister dans la pop puisqu'il préparerait même un album de Noël, comme un vrai bon crooner américain.

Paru sur etatcritique.com le 2 nov 2009

mercredi 28 octobre 2009

Meilleurs albums de 1974 : Lynyrd Skynyrd - Second Helping


(La pochette est beaucoup trop laide. Je boycotte. Ca vous couperait l'envie de vous procurer cet excellllent album de rock and roll. Je préfère cette cool photo.)

Porté par l'immense et incompris Sweet Home Alabama, le second album des Sudistes sera l'album de la consécration, confirmant notamment le talent d'écriture de Ronnie Van Zant sur fond de roots rock endiablé.


"Sweet Home Alabama" est probablement, avec "Born in the USA" de Springsteen ou "Okie from Muskogee" de Merle Haggard, un des plus grands malentendus de l'histoire de la musique américaine. Comme les deux autres chansons, elle fut récupérée par les éléments les moins fréquentables de la vie politique du pays, afin de servir des causes racistes et conservatrices. D'où l'image de rednecks qu'on colle souvent à Lynyrd Skynyrd et au rock sudiste en général.

Petit rappel : la chanson est en fait une réponse à "Southern Man" et "Alabama", deux titres de Neil Young dénonçant le racisme des habitants du Sud. Dans "Sweet Home Alabama", Ronnie Van Zant, chanteur de Lynyrd Skynyrd, réplique "J'espère que Neil Young se souviendra / Qu'un gars du Sud ne veut pas de lui ici".

Ces paroles, mêlées d'allusions à la popularité du gouverneur ségrégationniste George Wallace, et ajoutées aux drapeaux sudistes tendus en fond de scène lors des concerts du groupe, eurent vite fait d'entretenir le malentendu.

Car malentendu il y a, tout simplement car Van Zant et Neil Young étaient potes et s'admiraient respectivement. D'ailleurs leurs musiques, nourries aux mêmes mamelles, celles du rock'n roll, du blues, de la country et des guitares, sont là pour l'attester. Ronnie Van Zant, qui n'avait rien d'un redneck, trouvait juste que Neil, depuis sa Californie dorée, généralisait un peu, commme il le déclara à Rolling Stone : " Neil Young shootait tous les canards afin d'en tuer un ou deux". D'où ce titre, plutôt ironique, que Lynyrd Skynyrd avait écrit rapidement, comme une blague sur les clichés et la fierté du Sud profond. D'où, aussi, l'accueil triomphal fait par le public à cette chanson venue redorer le blason d'une région et d'un peuple systématiquement montrés du doigt à cause des mauvaises actions de quelques-uns. Et en plus, le groupe n'était même pas de l'Alabama, mais de la Floride voisine.

Lynyrd Skynyrd, à part ça, est bien le groupe sudiste par excellence : influences rock'n'roll, country, blues et soul, et bien sûr la marque de fabrique du groupe : trois guitaristes électriques, qui font un tabac dès le premier album (1973) avec le magnifique Free Bird. L'association Al Kooper (à la prod) - Skynyrd fait des merveilles sur Second Helping qui reprend la formule du premier album, avec un côté encore plus carré, plus pro. Groupe de scène, ils arrivent à retranscrire en studio la folie et la générosité instrumentale de leurs concerts ("Call Me The Breeze" emprunté à JJ Cale), et surtout ils disposent de la plume de Ron Van Zant, aiguisée, avec un côté honnête et franc du collier qui le rattache plus à la country qu'au rock.

C'est ce mélange de rock débridé et d'écriture poétique qui fait toute la force de Lynyrd Skynyrd : "Working for MCA" précède dans son sujet le "EMI" des Sex Pistols, "The Needle and The Spoon" est une superbe chanson sur la drogue, et "The Ballad of Curtis Loew", histoire d'un bluesman noir, l'hommage à leurs racines, celles d'un Sud ambigu, et bien plus complexe qu'on veut bien le penser.

NL

PS : pour plus de précisions sur l'affaire Neil Young-Lynyrd Skynyrd, voir ici


Autres (grands) albums de 1974 :

Rock Bottom de Robert Wyatt, un de mes albums préféré de tous les temps, a déjà été joliment chroniqué par Roland ICI et par ma pomme ici et

Natty Dread, Bob Marley and The Wailers

Grievous Angel de Gram Parsons

Bon allez, la voilà cette pochette :

mercredi 16 septembre 2009

1973 : la playlist


L'année du choc pétrolier est la dernière de l'âge d'or du rock "classique" qui durait depuis 1966-67. Le punk, l'électro, le reggae, le disco commencent à bourgeonner discrètement mais sûrement.

1. Bob Marley & The Wailers – Get Up Stand Up : une chanson manifeste, un rythme des plus roots, un classique instantané et un hymne pour le Tiers (et le Quart) monde

2. Gladys Knight & the Pips – Midnight Train To Georgia : encore un superbe tube soul satiné avec lcette histoire d'un chanteur qui a échoué à L.A. et revient chez lui dans le Sud.

3. Serge Gainsbourg – Je suis venu te dire que je m'en vais
4.Tony Joe White – For Old Time Sake :

2 des plus belles chansons de rupture ont été érites la même année. Serge prend le rôle de celui qui largue avec une sorte de tendresse impitoyable, tandis que Tony Joe joue celui qu'on quitte et qui ne peut s'empêcher de tendre encore les bras.



5. Bruce Springsteen – New York City Serenade : assez méconnue, cette belle ode à la Grosse pomme par un banlieusard du New Jersey est un peu le brouillon de "Jungleland".

6. Pink Floyd – Money : une caisse enregistreuse qui tinte suivie d' une des lignes de basse les plus célèbres du rock : l'intro de Money est légendaire, même si certains pensent que ce titre bluesy jure au milieu du planant Dark Side Of The Moon.

7. J.J. Cale – Lies : l'inventeur de Dire Straits ouvre son deuxième (et meilleur) album avec cette rengaine bourrée de feeling, épaulé par les meilleures gâchettes de Nashville et d'ailleurs.

8. Lynyrd Skynyrd – Free Bird : ceux qui ont vu le génial Devil's Rejects de Rob Zombie, sorte de parodie horrifique du Sud profond, se souviendront de la scène finale ou les méchants tueurs se font zigouiller par la police au son de Free Bird. Le final avec ses trois soli de guitare reste inégalé. Slash a du pas mal écouter ce titre.

9. Stevie Wonder – Visions : D'Innervisions j'aurais pu prendre n'importe quel titre, alors autant choisir cette divine ballade moins connue qu' "Higher Ground" ou "Living For The City".

10. Iggy & The Stooges – Search and Destroy : violent, sale, produit par Bowie qui intelligemment n'a pas cherché (au contraire) à embellir le son, voici l'Iguane en pleine période pré-punk, bien avant qu'il ne devienne chevalier des Arts et des Lettres de la République française.

vendredi 31 juillet 2009

Meilleurs albums de 1973 : Homemade Ice Cream de Tony Joe White


Célébrons l'année 1973 avec un petit favori personnel, un oublié du grand livre du rock : le très sudiste et ultra-cool "Homemade Ice Cream", par l'Elvis Presley du Bayou, j'ai nommé Tony Joe White.

Jusque-là (pour les années 1970-72), on vous avait plutôt servi des grands classiques, parfois même des monuments ("After The Goldrush", "Led Zep IV", "What's Goin' On"). Alors on peut bien se permettre un petit chouchou oublié, absent des cartes et des encyclopédies du rock.

Tony Joe White, relativement peu connu aux Etats-Unis, bénéficie par chez nous d'un statut quasi-culte. Adulé par Johnny Hallyday, pour qui il a d'ailleurs composé, ou par Joe Dassin en son temps, Tony Joe se fit connaître à la fin des sixties avec plusieurs tubes dont le superbe Polk Salad Annie, repris par le King Elvis Presley en personne.

Il y a d'ailleurs du Presley dans Tony Joe : même genre de bouille, beau brun à rouflaquettes. Même type de voix veloutée et profonde, qui sans jamais forcer, peut délivrer un blues des plus authentiques ou une ballade digne du meilleur crooner.

Une sorte d'Elvis à la coule, un king du bayou qui n'aurait jamais rencontré le Colonel Parker. Tout au long de cet album, on l'imagine pieds nus, en jean coupé aux genoux, assis sous sa véranda à jouer le blues, ou à dormir dans son hamac, une bière fraiche à portée de main.

Tony Joe White chante le Sud et sa douceur de vivre comme personne. Littéralement habité par le blues (il eut la vocation en écoutant Lightnin’ Hopkins), il est le créateur du « swamp rock », rock des marais, lancinant et syncopé, caractérisé par une attaque rythmique à la guitare pleine de feeling et teintée de funk, sur laquelle Tony Joe pose sa voix inimitable.

"Homemade Ice Cream" le présente dans une veine encore plus intimiste que ses précédents opus. Le premier titre, un blues bien moite, plante le décor : c'est samedi soir à Oak Grove, Louisiane (le patelin de Tony Joe), un type rentre du boulot, prend une douche et se prépare à sortir, en mettant "ses meilleures fringues". Son copain passe le prendre en pick up "avec protèges-pots en fibre de verre", puis ils vont faire un tour en ville. Car "when you look good, you feel good", et inversement. L'album alterne ainsi entre blues-rock et ballades plus intimistes, comme For Old Times Sake, magnifique chanson de rupture ("Si tu n'as plus rien à dire, alors laisse moi juste te serrer dans mes bras comme au bon vieux temps"), et le morceau-titre, shuffle instrumental harmonica-guitare, d'une simplicité désarmante, cool et paresseux, "à faire passer JJ Cale pour un épileptique", comme écrivait Serge Loupien.

On a envie de se dire, pourquoi se prendre la tête quand on peut faire si bien avec si peu… on trouve également, lové au centre de l'album comme un serpent-mocassin du bayou, Lazy, blues-profession de foi, éloge de la lenteur, où le chanteur se dit qu'il devrait peut-être avoir un peu plus d'ambition et sortir dans le monde, mais qu'en fin de compte il aimerait mieux aller pêcher dans la rivière ou rêver d'un voyage sur un train de marchandises. No news Is Good News est une invitation à ignorer journaux et boîtes aux lettres de temps à autre. En effet, si c'est pour recevoir, comme dans la chanson, une lettre de sa copine disant "Hey chérie je vais bien, et même si je sors avec d'autres types, je pense toujours à toi", mieux vaut pas de nouvelles du tout. Le monde extérieur attendra.

Glandeur et rêveur (California On My Mind), Tony Joe peut rester dans sa cabane pour l'éternité si c'est pour nous pondre des albums aussi réjouissants. C'est d'ailleurs un peu ce qu'il a fait par la suite, avec des hauts et des bas. Car malgré toutes ses qualités, "Homemade Ice Cream" ne connaîtra pas le succès, marquant même le début d’une traversée du désert pour son auteur, qui réapparaîtra au mileu des années 80 en écrivant pour Tina Turner puis Johnny Hallyday, avant de reprendre le chemin des studios et de la scène, grâce au public français qui ne l’a jamais oublié.

mercredi 22 juillet 2009

Pink Floyd - The Dark Side Of The Moon (1973) : le DVD



Abordons 1973 avec un de ses sommets musicaux, à savoir Dark Side, mais en DVD. Cette fois-ci l'article est de Guillaume Lebouis, et il est paru sur Jowebzine et etat-critique.com

OBJECTIF LUNE : Encore un volume formidable de la formidable collection Classic Album, qui permet de (re)découvrir un monument de la planète rock. Essentiel.

Album boursouflé de prétention, rempli de paroles niaises, tout juste bon à tester les chaînes hi-fi des bobos pour certains, ou disque d’une grande richesse mélodique et d’une inventivité musicale inégalée depuis les Beatles pour d’autres, "Dark side..." ne laisse pas indifférent et son élaboration peut intéresser tous les amoureux du rock.

Aussi, retracer en 80 minutes seulement la construction d’un monument de la musique rock peut sembler réducteur. Pourtant, ce Classic Album parvient grâce à sa structure impeccable et à la qualité de ses intervenants (les Pink Floyd au grand complet !) à bien réinstaller l’album dans son époque ainsi que dans l’évolution du groupe. D’autant que l’ensemble des membres du Floyd, Waters y compris, joue le jeu des anecdotes et des prestations musicales acoustiques ou solistes qui font la marque de la série.

On peut ainsi être surpris par le manque de précision des prestations de Gilmour, sans doute dû à une trop grande décontraction mais surtout à un "manque de jeu". Le bon vieux David donnant ici souvent l’impression d’être un peu rouillé. À l’inverse, son interprétation acoustique de Breathe, révèle la beauté nue de sa voix de cristal. Un moment magnifique. De même, son enthousiasme semble bien réel quand il manipule le Synth EA, ancêtre des sampleurs modernes où quand il joue de la steel guitar.

Bien que certaines de ses interventions se révèlent totalement incompréhensibles, Roger Waters par la spontanéité de ses prestations musicales et sa grande disponibilité brise un peu son image de monstre hermétique et froid. On ne pourra qu’être émerveillé à l’écoute des démos originales de Money et de Time qu’il dévoile ici avec une grande générosité. De même, ses interprétations acoustiques de Brain damage et de Money, sur lequel il avoue ne plus pouvoir atteindre la tonalité d’origine, nous permettent de redécouvrir un artiste talentueux et sincère. Enfin, sa saine philosophie des silences dans la musique, laissera quant à elle totalement circonspect, tous ceux qui ont pu écouter ses dernières prestations live un peu trop massives et grandiloquentes.

Mais, outre ces deux leaders, ce documentaire fait la part belle aux interventions de Richard Wright, pianiste inspiré et compositeur essentiel du monument "Dark side..". Musicien issu du Jazz, Wright a apporté au groupe son talent mélodique indéniable à l’instar du refrain de Us and them qu’il trouva en cours d’enregistrement, ainsi que ses connaissances musicales (et son goût sûr). On lui doit notamment la montée d’accords si particulière du couplet de Breathe, enchaînement qui lui a été inspiré par son écoute approfondie du Kind of blue de Miles Davis. Seul regret côté musicien, Nick Mason, pourtant fantastique batteur, est un peu trop en retrait.

Côté recherches musicales, ce DVD nous enseigne que de nombreuses trouvailles sont parfaitement artisanales, contrairement à l’image synthétique et clinique du groupe. Ainsi, certaines prouesses techniques étaient le fruit d’un long travail de collage manuel (la bande de Money). De même, le mixage des boucles samplées (comme sept ans plus tôt les Beatles pour Tomorrow never knows) était, en l’absence du dieu informatique, un véritable « spectacle rythmique chorégraphié ». De même, de nombreuses structures sont issues de longues répétitions et des tournées du groupe, ce qui brise un peu l’image des Floyd simple laborantins de studios.

Seule véritable critique, le sous-titrage en français est parfois un peu approximatif voire totalement surréaliste. Devant le sérieux des interlocuteurs, ces approximations sont quelques fois comiques, comme sur le long passage consacré à la pochette, traduite ici par "housse".

Un documentaire essentiel pour tous ceux qui aiment le rock.

Guillaume Lebouis

© Etat-critique.com - 30/11/2008

vendredi 17 juillet 2009

1972 : La Playlist


En 10 titres choisis en toute subjectivité, voici un petit panorama musical de 1972 année du Watergate, de la prise d'otages de Munich, mais aussi de la naissance de Cameron Diaz, Zinédine Zidane, Sébastien Cauet et Liam Gallagher d'Oasis(trouvez l'intrus).

NB : les chansons sont à écouter dans le jukebox à droite

1. Townes Van Zandt – Pancho & Lefty : le songwriter Texan (photo) signe là sa plus grande ballade avec cette histoire mystérieuse d'amitié et de bandits mexicains. Mention spéciale aux trompettes mariachis du refrain.

2. Stevie Wonder – Superstition : A l'origine, Stevie destinait ce chef d'oeuvre à Jeff Beck, mais Motown insista pour qu'il l'enregistre lui-même. On l'a donc échappé belle.

3. David Bowie – Rock 'n' Roll Suicide : dans un album où tout vaut de l'or, cette chanson, avec son inimitable progression en crescendo, clôt les débats de la plus belle manière qui soit. Vocalement une des plus belles de Bowie.

4. The Flatlanders – Tonight I'm Gonna Go Downtown : groupe country-rock culte par excellence, les Flatlanders n'avaient pas réussi en 72 à sortir un 33 tours avec cette merveille. C'est dire du niveau musical de l'époque… Un album indispensable pour tout fan de musique roots.

5. The Temptations – Papa Was A Rolling Stone : les pères n'ont pas souvent la cote dans le rock et la soul, ou alors, comme ici, ils sont absents et fantasmés, plutôt papa pierre qui roule que papa poule.

6. Neil Young – The Needle And The Damage Done : Même si son dépouillement jure avec les arrangements soyeux de Harvest, ce manifeste anti-héroïne reste un des sommets de l'œuvre du Canadien.

7. Lou Reed – Walk On The Wild Side : là aussi, c'est l'album entier qu'il faut saluer, mais cet immense classique des seventies, avec sa double ligne de basse (électrique plus contrebasse) et sa galerie de personnages déjantés, reste incontournable.

8. Bobby Womack – Across 110th Street : associée pour toujours à la scène d'intro de Jackie Brown avec Pam Grier magnifiquement roulée sur son tapis roulant

9. Roxy Music – Virginia Plain : en 1972, un groupe étonnant, entre art-rock et glitter, fait son apparition sur la scène anglaise avec ce titre, célébration de la vie nocturne new-yorkaise.

10. Maxime Le Forestier – San Francisco : "C'est une maison bleue / adossée à la colline, on y vient à pied / on ne frappe pas / ceux qui vivent là / ont jeté la clé"; ce à quoi ma fille Cyann, 5 ans, ajoute : "après les voleurs sont venus / et ils on tout dévalisé"… il est bien loin le temps des baba cools…